La production et les usages de l’hydrogène occupent souvent le devant de la scène dans le développement et la structuration de la filière. Pourtant, les infrastructures de transport et de stockage sont également cruciales pour soutenir le déploiement.  

En effet, les lieux de production ne coïncident pas toujours avec les lieux de consommation. Cette situation rend indispensable la mise en place de solutions de transport adaptées. 

Planifier les infrastructures est une condition clé du passage à l’échelle de la filière, afin de maîtriser les coûts et sécuriser l’approvisionnement des sites industriels. Il est crucial de disposer à l’avance de capacités de transport, de distribution et de stockage pour réduire les risques entre producteurs et consommateurs, et mutualiser les investissements.  

Le transport par pipeline : point d’avancement  

Dans cette perspective, les réseaux de transport par canalisation sont essentiels. À l’image des infrastructures gazières existantes, ces réseaux permettent d’acheminer de grands volumes sur de longues distances tout en limitant les coûts logistiques. Plusieurs projets sont actuellement étudiés à l’échelle française et européenne afin de créer un véritable réseau hydrogène interconnecté. 

L’objectif est double : faciliter l’approvisionnement des consommateurs industriels et permettre une meilleure intégration du marché européen. 

  • Une ambition nationale forte  

À l’horizon 2030, la France prévoit le déploiement de près de 2 400 km de pipelines pour une capacité de transit dépassant 3 MtH2/an, portés par des projets structurants comme HyFen (1 200 km, 2 MtH2/an) et HySow (600 km, 1 MtH2/an).  

Le réseau local (« intra-hubs ») est également au cœur de la stratégie, avec un objectif de 500 km de réseau à 2030 (contre 300 km en 2022). 

  • Des avancées notables en 2026 

2 projets emblématiques, H2Med/BarMar et MosaHyc, ont connu des avancées notables depuis le début de l’année.  

H2Med/BarMar : Le corridor (Portugal–Espagne–France–Allemagne) a vu son statut de Projet d’Intérêt Commun (PCI) renouvelé par l’UE en avril 2026, facilitant autorisations et financements. En mai 2026, le projet BarMar (Barcelone–Marseille) a franchi une étape décisive avec le lancement de la concertation publique validée par la CNDP. La mise en service est prévue en 2032 avec une capacité de 5 MtH2/an. Cet été, il est entré en phase d’ingénierie détaillée. 

MosaHYc : Ce corridor transfrontalier (France–Allemagne–Luxembourg) s’impose comme un maillon clé. En 2026, son périmètre a été précisé autour de la conversion de gazoducs et du raccordement des pôles industriels de Moselle et de Sarre. Son intégration officielle au corridor H2Med confirme son rôle stratégique, avec une mise en service prévue dès 2027

Le rôle stratégique des infrastructures portuaires 

Si l’approvisionnement des sites industriels repose aujourd’hui sur site ou à proximité, les importations par voie maritime pourraient jouer un rôle croissant. Les ports s’imposeraient comme des plateformes logistiques pour importer l’hydrogène et ses dérivés, notamment l’ammoniac. Ce dernier, vecteur privilégié pour l’importation d’hydrogène, nécessite toutefois l’installation d’unités de craquage dédiées pour retrouver de l’hydrogène pur, comme illustré par les premières réalisations européennes. 

En France, deux initiatives de terminaux d’importations par voie d’ammoniac bas-carbone sont en projet. Le premier, porté par Air Products au Havre, vise à approvisionner la raffinerie TotalEnergies de Gravenchon (70 ktH2/an). L’ammoniac pourrait provenir du site de production saoudien de Neom en Arabie saoudite. Le second, Medhyterra d’Elengy, ambitionne une capacité de 30 ktH2/an d’ici 2029. 

À terme, reliés aux futurs pipelines de transport, ces terminaux pourront irriguer l’ensemble du territoire. Toutefois, ces projets n’ayant pas encore pris leur décision finale d’investissement, leur contribution restera limitée à court et moyen terme, confirmant la priorité donnée à la production sur site. 

Le stockage, levier de flexibilité du système énergétique 

Le stockage est indispensable pour gérer les écarts entre production et consommation. Contrairement à l’électricité, l’hydrogène peut être conservé sur le long terme, ce qui permet de sécuriser l’approvisionnement industriel et d’optimiser les réseaux. 

  • Stockage souterrain 

Le stockage souterrain, en particulier dans les cavités salines, est la solution privilégiée pour répondre aux besoins de grande ampleur que les stockages de surface ne peuvent satisfaire.  

Le stockage souterrain, en particulier dans les cavités salines, constitue la solution privilégiée pour répondre aux besoins de grande ampleur que les stockages de surface ne peuvent satisfaire. Les projets actuellement identifiés représentent une capacité d’environ 21 ktH₂/an répartie sur quatre sites. Cette première dynamique devra toutefois être renforcée afin d’accompagner la montée en puissance de la filière et de répondre aux futurs besoins industriels. Dans cette perspective, les permis exclusifs de recherche obtenus en 2025 par Teréga et Storengy constituent une première étape pour identifier de nouvelles zones exploitables et préparer le développement de capacités de stockage supplémentaires sur le territoire. 

La France s’appuie également sur une expertise technologique en plein essor. 

Après les premiers essais réalisés dans le cadre du projet HyPSTER, le projet FrHyGe vise à franchir une nouvelle étape en testant le stockage souterrain d’hydrogène à l’échelle industrielle sur le site de Manosque. Le démonstrateur permettra de valider des cycles d’injection et de soutirage de 100 tonnes d’hydrogène, sur des durées allant d’une heure à une semaine, afin d’évaluer le potentiel de réplication de cette technologie sur d’autres sites en France et en Europe. Ces tests visent à démontrer la fiabilité des solutions françaises pour une réplicabilité à grande échelle. Ce savoir-faire s’exporte déjà, à l’image du projet SaltHy mené par Storengy en Allemagne, qui développe une capacité de stockage de 14 ktH2/an. 

Conclusion 

La planification des réseaux, le déploiement des infrastructures portuaires et des capacités de stockage représentent une condition essentielle pour accompagner l’industrialisation de la filière française et renforcer son positionnement au sein du marché européen. 

Pour en savoir plus sur les infrastructures de transport et de stockage de l’hydrogène en France,  consulter notre rapport annuel 2025