Depuis le lancement de la Stratégie nationale hydrogène en 2020, la filière française a connu une phase de structuration rapide. Les premières années ont permis de développer les technologies, d’accompagner l’émergence de nouveaux acteurs industriels et de constituer un portefeuille de projets couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur. 

L’année 2026 marque toutefois un tournant : la filière entre désormais dans une phase d’industrialisation où la question centrale n’est plus celle de la démonstration technologique mais du passage à l’échelle.  

Un portefeuille de projets qui s’étoffe   

Les perspectives de production d’hydrogène décarboné témoignent de la dynamique engagée depuis plusieurs années. En 2025, de nouveaux projets continuent d’être annoncés, à l’image d’ElyFos (100 MW) porté par Air Liquide dans la zone de Fos-sur-Mer. 

Cette nouvelle génération de projets s’inscrit dans le prolongement des premiers projets de taille industrielle en Europe, tels que Normand’Hy en France ou Elygator aux Pays-Bas. Développés grâce à la régulation des marchés, ces projets pionniers démontrent la faisabilité industrielle des modèles et ouvrent la voie à leur réplicabilité. 

Au total, plus de 90 projets sont aujourd’hui recensés en France, avec un potentiel de 900 000 ktH₂/an d’ici 2030, puis 1,1 million à l’horizon 2035. L’électrolyse de l’eau y occupe une place prépondérante avec 90 % des volumes. Les 10 % restants, soit environ 130 ktH₂/an, proviennent du vaporeformage de biogaz, du vaporeformage avec captage de carbone et de la co-production par électrolyse chlore-soude. 

Cette dynamique ne se limite pas au territoire national. À l’international, les entreprises françaises sont impliquées dans 80 MW de capacités d’électrolyse déjà installées et dans 280 MW de projets ayant atteint la décision finale d’investissement (FID) ; un chiffre qui illustre leur capacité à se positionner sur les marchés mondiaux. 

Une filière qui change d’échelle 

Au-delà du nombre de projets, la transformation de la filière se mesure également à l’évolution de la taille et la capacité des électrolyseurs.  

Au début de la décennie, les projets reposaient principalement sur des électrolyseurs de quelques mégawatts. Cette première phase a progressivement laissé place à des installations beaucoup plus ambitieuses. Ainsi, la capacité unitaire maximale des électrolyseurs en opération est passée de 1 MW en 2023 à 20 MW en 2025, avec le projet de Hyd’Occ de Qair. 
 
Cette montée en puissance s’accompagne également de la structuration d’une chaîne française d’équipementiers, comme en témoigne la fabrication et l’assemblage du premier stack d’électrolyseur produit en France sur le site de Belfort de John Cockerill Hydrogen – inauguré en juin 2026 – ; une étape emblématique pour la filière. 

La capacité d’électrolyse installée en France, encore limitée à environ 50 MW en exploitation en 2025, devrait ainsi atteindre près de 300 MW d’ici la fin de l’année grâce à plusieurs projets, en particulier Normand’Hy, développé par Air Liquide. Avec une capacité de 200 MW, il constitue un jalon majeur dans l’industrialisation de la filière et positionne la France comme le pays accueillant le plus grand électrolyseur à membrane échangeuse de protons (PEM) d’Europe. 

Du portefeuille de projets aux décisions finales d’investissement : le principal défi 

Malgré cette dynamique, le passage des projets à la phase finale d’investissement demeure le principal point de vigilance. 

Sur les 6,7 GW de capacités d’électrolyse en projet en janvier 2026, seuls 4 % ont franchi cette étape. Aucune nouvelle décision finale d’investissement n’a été annoncée en 2025.  

Cette situation reflète des difficultés persistantes de financement, observées également à l’échelle européenne et internationale. Elle illustre le décalage qui subsiste entre la maturité technologique de la filière et les conditions économiques nécessaires au déclenchement des investissements. 

La stratégie nationale hydrogène révisée en avril 2025 fixe une trajectoire réaliste avec un objectif de 4,5 GW dès 2030, puis de 8 GW d’électrolyse en 2035. Mais atteindre le premier objectif 2030 paraît aujourd’hui incertain. Les délais incompressibles de développement des projets, combinés à l’absence d’un cadre réglementaire pleinement stabilisé, freinent encore la dynamique d’investissement et retardent la concrétisation des objectifs. 

Créer les conditions pour une prochaine vague d’investissements  

L’enjeu des prochaines années sera donc de créer les conditions permettant de transformer le portefeuille de projets existant en réalisations industrielles concrètes. Dans cette perspective, plusieurs politiques publiques seront essentielles à la fois pour combler l’écart de coût entre l’hydrogène fossile et décarboné et positionner les projets français à l’échelle européenne mais aussi pour sécuriser la demande dans les secteurs utilisateurs d’hydrogène et de ses dérivés. 

La transposition de la directive RED III via le mécanisme d’incitation à la réduction de l’intensité carbone des carburants (IRICC), encore attendue, sera déterminante pour l’atteinte de la décision finale d’investissement de projets de production de carburants de synthèse maritime et de décarbonation des raffineries. 

En outre, alors que les premiers lauréats du Mécanisme de soutien à la production d’hydrogène par électrolyse ont été annoncés le 22 juillet dernier, ces premiers projets ne représentent qu’une première étape. D’autres projets structurants, notamment pour la décarbonation de la sidérurgie ou la production d’engrais, devront eux aussi bénéficier d’un cadre de soutien leur permettant de franchir leur décision finale d’investissement notamment par le lancement d’une nouvelle tranche du MSP.  

Plus largement, les arbitrages attendus dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027 et des prochains véhicules législatifs devront garantir un cadre cohérent et complet, incluant ainsi la poursuite du MSP, l’entrée en vigueur de l’IRICC et la mise en place d’un mécanisme de dérisquage pour les carburants de synthèse aériens. C’est à cette condition que les investissements annoncés se traduiront en usines et en emplois. 

L’objectif est désormais de disposer, d’ici 2026-2027, d’un cadre stable, cohérent et incitatif permettant d’engager une phase d’accélération sur le quinquennat 2030-2035. 

Transformer l’essai 

Après plusieurs années d’apprentissage et de structuration, la filière hydrogène française dispose désormais d’un portefeuille de projets conséquent et bascule dans une phase d’industrialisation. 

Le défi n’est plus tant de faire émerger des projets que de les concrétiser. La réussite de cette transition dépendra de la capacité à faire converger développement des usages, montée en puissance des capacités de production, déploiement des infrastructures et sécurisation des modèles économiques. 

C’est à cette condition que l’hydrogène pourra pleinement contribuer aux objectifs de souveraineté énergétique, de réindustrialisation et de décarbonation de l’économie française. 

Pour en savoir plus sur la production d’hydrogène décarboné en France, consulter notre rapport annuel 2025