Stellantis stoppe son programme hydrogène, une perte de chance pour la souveraineté industrielle et européenne 

Ce mercredi 16 juillet, Stellantis a annoncé mettre fin à son programme de développement de pile à combustible à hydrogène qui devait donner lieu au lancement cet été de la fabrication d’une nouvelle gamme de véhicules professionnels à hydrogène, dans l’usine d’Hordain dans le Nord, usine soutenue dans le cadre du PIIEC* Hydrogène. Forvia et Michelin, co-actionnaires avec Stellantis de Symbio, fabricant de piles à combustible, se sont exprimés sur l’impact majeur que cette décision brutale fait peser sur leur co-entreprise, 80% de la production de Symbio étant destinée à équiper ces VUL. 

Les raisons évoquées par le constructeur font état de la disponibilité encore limitée des stations de recharge, des investissements à engager et du soutien nécessaire aux clients désireux de se tourner vers cette technologie.  

Cette annonce intervient dans un contexte de crise aigüe pour le secteur de l’automobile avec notamment une concurrence accrue des acteurs chinois et une décarbonation mise sous pression par des ajustements réglementaires, 

Alors que, parallèlement, du côté de la filière hydrogène, les pièces de l’échiquier politique et réglementaire se mettent enfin en place : la publication de la SNH révisée avec un budget maintenu à 9 milliards malgré le contexte très tendu, accompagnée d’une aide à l’achat de véhicules utilitaires et au niveau européen, la publication de l’acte délégué sur l’hydrogène bas-carbone, suivie en France par le lancement du dialogue concurrentiel pour la 1ère tranche du mécanisme de soutien à la production d’H2. 

Ne pas manquer l’enjeu stratégique de la mobilité hydrogène 

La chaine de valeur de la mobilité routière qui représente aujourd’hui 50% des emplois de la filière s’est structurée notamment autour des équipementiers de la filière. Ces acteurs adapteront leurs équipements pour répondre aux clients – camions neufs ou rétrofités, cars, bus, BOM, piles pour applications énergétiques, … – et exporteront leurs technologies en se tournant vers d’autres marchés.

La mobilité hydrogène représente une véritable opportunité pour la souveraineté industrielle française et européenne. Un enjeu stratégique encore accessible grâce à une chaine de valeur constituée sur la mobilité hydrogène autour d’équipementiers et de fournisseurs de composants clés sur laquelle il est encore possible de capitaliser. La question n’est pas de savoir si l’hydrogène va se développer – plus de 90 pays dans le monde ont décidé d’investir – mais plutôt qui en aura la maîtrise technologique et où se trouveront les capacités industrielles.  

Et sur ce point, au niveau international, la mobilité hydrogène continue d’avancer : les acteurs engagés dans la « Global Hydrogen Mobility Alliance » ont réaffirmé la nécessité de déployer à grande échelle les technologies, les constructeurs comme Toyota, Hyundai et BMW ont aussi ajusté leur stratégie, et continuent de se positionner clairement sur l’hydrogène, poursuivant le déploiement de véhicules ; BMW ayant par ailleurs récemment souligné le rôle clé de l’hydrogène pour l’indépendance stratégique de l’Europe. De leur côté, les acteurs chinois développent massivement la mobilité lourde avec plus de 7000 véhicules déployés en 2024. 

Des leviers à activer pour garantir le déploiement complet de la mobilité routière hydrogène 

Le cadre réglementaire et les mécanismes de soutien doivent être adaptés à la réalité des ambitions fixées par la Stratégie Nationale Hydrogène révisée. A titre d’exemple, le mécanisme extrabudgétaire de l’IRICC, crucial pour la décarbonation des transports, doit être mis en cohérence avec ces objectifs pour permettre un véritable soutien à la mobilité hydrogène. 

France Hydrogène est pleinement mobilisée pour faire émerger les conditions nécessaires à la montée en puissance de la production d’hydrogène renouvelable et bas-carbone, et au déploiement de ses usages dans tous les secteurs où cela est pertinent – notamment la mobilité routière hydrogène lourde ou intensive. 

Parce que la filière hydrogène française est constituée, que nous avons un écosystème complet, que de nombreux acteurs publics et privés se sont engagés dans le déploiement de la mobilité hydrogène et que les capacités manufacturières et les emplois associés sont aujourd’hui une réalité dans les territoires.  

*PIIEC : projet important d’intérêt européen commun 

**IRICC : Incitation à la Réduction de l’Intensité Carbone des Carburants