France Hydrogène et une large coalition d’industriels utilisateurs d’hydrogène -et notamment les associations représentatives des secteurs concernés : CEFIC (chimie), Fertilizers Europe (engrais), EUROFER (sidérurgie), CERAME-UNIE (céramiques), et IFIEC (énergo-intensifs)- et des acteurs de l’ensemble de la chaîne de valeur de l’hydrogène, appellent l’UE à ouvrir une éligibilité optionnelle de l’hydrogène bas-carbone pour l’atteinte des objectifs d’utilisation d’hydrogène dans l’industrie et les transports, que fixe la directive révisée sur les énergies renouvelables.

Avec la directive révisée sur les énergies renouvelables (RED3), la Commission européenne propose de soutenir la montée en puissance de l’hydrogène décarboné, particulièrement en établissant des cibles contraignantes d’utilisation de carburants renouvelables d’origine non biologique (RFNBOs) dans l’industrie et les transports. Néanmoins, en limitant le périmètre de ces incitatifs à l’hydrogène renouvelable électrolytique -et bien que celui-ci jouera un rôle majeur-, la proposition actuelle fait peser un risque contre-productif sur la réalisation de cette ambition.

Compte tenu de l’ampleur du double défi de décarbonation et de sécurisation de l’approvisionnement énergétique à terme de l’UE, de la diversité des systèmes énergétiques au sein de l’UE, et du besoin crucial d’un approvisionnement très stable pour les industries basculant vers des procédés utilisant de l’hydrogène décarboné : l’hydrogène renouvelable et bas-carbone seront tous deux nécessaires pour atteindre nos objectifs climatiques d’ici 2030, et la neutralité carbone de l’Union d’ici 2050.

La coalition appelle ainsi le Conseil de l’Union européenne à adopter la proposition faite par la présidence tchèque le 23 novembre dans son nouveau compromis (REV2) à la Directive Hydrogène et Gaz 2021/0425 (COD), qui ajoute un article 8a ouvrant aux Etats membres la possibilité optionnelle de comptabiliser « l’hydrogène bas-carbone et les carburants bas-carbone dans les objectifs de décarbonation ».

Les signataires de cette lettre soutiennent pleinement l’ambition de l’Union à devenir un leader mondial de l’hydrogène, et sont prêts à investir ; débloquons ce potentiel majeur en adoptant une approche technologiquement neutre, prenant pour boussole la réduction de nos émissions de carbone.

Philippe Boucly Président de France Hydrogène
L’hydrogène sera clé pour décarboner les industries et le transport européens, ainsi qu’un puissant levier pour l’autonomie stratégique de l’Union. Nous soutenons pleinement l’ambition et les efforts déployés par les colégislateurs européens pour faire de ce potentiel énorme, une réalité pour les européens.

Mais pour donner une trajectoire réaliste, il apparaît aujourd’hui impératif d’ouvrir le périmètre des quotas d’utilisation d’hydrogène dans l’industrie et les transports, à l’ensemble des modes de production d’hydrogène propre, et non uniquement aux RFNBOs. Grâce à un réseau électrique déjà décarboné reposant sur une combinaison de renouvelables et de nucléaire, des projets massifs d’électrolyse peuvent d’ores-et-déjà être lancés, offrant une rampe de lancement décisive qui bénéficiera à l’ensemble de la chaîne de valeur européenne. Cette proposition doit aussi permettre de reconnaître à sa juste valeur l’hydrogène renouvelable non-électrolytique, particulièrement celui produit par pyrogazéification ou thermolyse de biomasse durable. Enfin, et surtout, alors que c’est la survie même de l’industrie lourde (et de première nécessité) du continent qui est en jeu aujourd’hui, survie intrinsèquement liée à sa décarbonation, exploiter la complémentarité forte entre l’hydrogène renouvelable et bas-carbone sera décisif pour réduire les coûts de cette transition et ne pas créer de nouvelles dépendances énergétiques et industrielles.

Chaque tonne de carbone évitée compte, et la proposition de la Présidence tchèque nous donne une opportunité historique d’accélérer, et fort : saisissons-la !